Aurélie JEAN, scientifique engagée

Docteur en Sciences et entrepreneur, Aurélie Jean vient de publier « De l’autre côté de la Machine, voyage d’une scientifique aux pays des algorithmes » (Editions De l’Observatoire). Dans cet ouvrage, elle embarque le lecteur dans son histoire personnelle, la découverte de son premier ordinateur, mais surtout nous fait comprendre comment ces codes mathématiques et ces calculs sont implémentés dans notre environnement quotidien. Passionnante scientifique formée dans de grandes institutions, Aurélie Jean n’hésite pas à partager son savoir lors de nombreuses conférences, notamment auprès des femmes. Rencontre avec une numéricienne d’exception qui est entre autres mentor…à la NASA.


Avec ce livre, vous souhaitez démocratiser la compréhension des algorithmes, pourquoi est-ce important que les non-scientifiques s’approprient ces connaissances ?

Nous interagissons au quotidien, parfois sans le réaliser, avec des algorithmes embarqués dans nos propres outils (téléphones portables, ordinateurs, objets connectés,…) ou dans des outils de notre environnement (au supermarché, dans les transports au commun,…). Ces algorithmes suggèrent des décisions et orientent des actions, il est donc fondamental d’en comprendre un minimum le fonctionnement pour pouvoir conserver notre libre arbitre.

Vous êtes une femme, loin du profil imaginaire geek, avez-vous eu du mal à vous faire accepter dans ce monde scientifique ? et pourquoi avoir fait le choix d’être entrepreneur?

Je ne me considère pas geek mais un peu nerd oui (rires…). Je n’ai jamais eu vraiment de mal, j’ai eu la chance au contraire d’être entourée par des hommes qui ont été mes meilleurs soutiens. Cela étant dit, je me suis parfois sentie seule, plus particulièrement durant mes études, même si encore une fois j’ai toujours eu des copains de promo extraordinaires! Je pense que j’ai eu plus de chance que d’autres. J’ai entendu beaucoup de sales histoires, parfois d’amies proches. Je me bats aujourd’hui pour que toutes les femmes se sentent intégrées à ce milieu, et cela passe aussi par le soutien des hommes de ce milieu. Je crois en l’éducation par l’exemple, les hommes qui défendent les femmes sont importants vis à vis d’autres hommes mal intentionnés ou tout simplement maladroits. J’ai lancé mon entreprise sur les conseils d’un de mes mentors du MIT le Dr. Tara Swart. Je me souviens avoir levé les yeux aux ciels lorsqu’elle me suggéra une telle idée… Et bien 2 ans plus tard mon entreprise était créée. A posteriori, je pense être devenue entrepreneure assez naturellement car c’était un moyen pour moi de combiner toutes les activités que je souhaitais. J’ai toujours pensé que cela venait de ma formation de chercheur, selon moi un chercheur est un entrepreneur par nature.

Vous êtes une des voix qui militent pour la place des femmes dans le numérique, pourquoi les femmes doivent-elles intégrer cet univers digital ?

Les femmes doivent intégrer ce milieu pour plusieurs raisons, qui sont économiques et sociétales, pour elles-mêmes mais aussi pour la société. Les algorithmes tissent le monde de demain, il est donc important que les femmes les développent aux côtés des hommes pour assurer une pluralité exemplaire dans les angles de vues et donc le caractère inclusif des outils. Il est également important que les femmes travaillent dans ce domaine car nous avons besoin de nombreux talents! Pour elles-mêmes, travailler dans cette discipline leurs assurent une stimulation intellectuelle forte tout en résolvant des problèmes dans de nombreux domaines et à forts impacts! Comme je le dis aussi, c’est un milieu dans lequel les salaires sont très compétitifs. Allier stimulation intellectuelle, impact sociétal et émancipation économique… avec l’intelligence artificielle c’est possible!

« De l’autre côté de la Machine » de Aurélie JEAN , Editions de l’Observatoire, 18€

On entend souvent parler des biais des algorithmes, notamment concernant la discrimination de femmes ou de minorités, pouvez-vous nous expliquez quel est le danger ?

Nous avons tous des biais cognitifs dus à nos différences de culture, de langue, de milieu social, de passé en général. Nous transmettons ces biais aux choses qu’on conçoit, les algorithmes en font partis. En concevant ces algorithmes aux côtés de gens qui nous ressemblent nous risquons de ne pas penser aux autres catégories de population. Il est important de travailler aux côtés de gens différents pour réfléchir et concevoir ces algorithmes à 360 degrés. Sans cela, nous risquons de créer des discriminations technologiques qui écarterons certaines catégories de la population de l’usage d’un outil numérique.

Comment les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle par exemple, peuvent contribuer à une meilleure solidarité et améliorer la vie des personnes les plus fragiles ?

L’intelligence artificielle peut faire de belles choses en améliorant nos modes de déplacement, de communication, de soin ou encore de travail. Elle peut également permettre de redonner de la liberté aux personnes dépendantes. C’est extraordinaire ce que l’intelligence artificielle peut faire dans la médecine par exemple. Je donne souvent l’exemple du centre hospitalier universitaire de Montréal au Canada qui est un exemple à suivre, pour mieux soigner les patients mais aussi mieux les considérer, pour soulager le personnel hospitalier de tâches pénibles, et remettre de l’humain dans un corps de métier qui en a tant besoin!

De quel algorithme êtes-vous le plus fier dans votre travail et dans quel domaine souhaitez-vous plus particulièrement travailler à l’avenir ?

Je suis assez fière du modèle que j’ai co-développé pour estimer les risques de traumatisme crânien chez un humain ayant reçu un choc à la tête. Ce modèle est aujourd’hui utilisé par l’armée Américaine et la Navy pour mieux suivre et donc traiter les soldats exposés à des ondes de choc issues d’explosions. On l’a également utilisé dans le contexte de l’attentat terroriste du marathon de Boston pour estimer les risques de traumatisme crânien chez les personnes assistant au marathon et proches des bombes. J’aimerais bien un jour développer des algorithmes dans les domaines de la sociologie ou de l’agriculture, des domaines qui m’attirent et que je n’ai pas encore eu la chance d’approcher!

Vous souhaitez en savoir plus sur les algorithmes et rencontrer Aurélie JEAN …elle sera l’invitée du CLUB le 22 janvier prochain chez nos confrères de BusinessOFeminin : les places sont limitées, inscrivez-vous vite ICI!

Photo: Aurélie JEAN (Copyright: Geraldine Aresteanu)

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