Ludovic, bénévole à la Protection Civile

Ingénieur en informatique, Ludovic a 29 ans et vit à Boulogne-Billancourt. Depuis 2 ans, il est bénévole à la Protection Civile Paris Seine dans l’antenne de Boulogne-Issy. Il a décidé de renforcer son engagement depuis le début de la crise du Covid-19. Il nous raconte ce remarquable travail au service de la communauté…

Quelle formation avez-vous suivi pour être bénévole à la Protection civile ?

Pour devenir secouriste, j’ai suivi deux formations aux Premiers Secours en équipe de 35h chacune (PSE1 et PSE2), qui nous permettent de maîtriser les mêmes compétences et matériels que les pompiers pour le secours à la victime.

Comment se passent vos journées entre le télétravail en confinement et vos missions?

Depuis le début de la crise du Covid-19 j’assure en parallèle mon travail salarié à plein temps depuis chez moi et mes missions bénévoles pour la Protection Civile. J’ai dû réorganiser mes journées, je commence à travailler plus tôt le matin, car mes missions pour la Protection Civile commencent en fin d’après-midi et finissent tard dans la nuit, vers 3-4h du matin. Je me suis donc organisé des temps de repos, afin d’équilibrer ces courtes nuits par de petites siestes. J’essaie aussi de me garder des jours sans activité bénévole pour pouvoir me reposer. Il est important d’être en forme pour gérer des situations d’urgence assez énergivores. 

Comment se déroule votre engagement ?

Dans notre antenne, nous sommes tous bénévoles. Hors confinement, je participe à plusieurs missions par mois, en soirée ou le weekend à côté de mon travail. Ces dernières sont des postes de secours lors d’événements accueillant du public (concerts, festivals, compétitions sportives), gardes pour les Pompiers ou le SAMU et des maraudes sociales (soutien matériel et moral aux SDF). Lors de nos réunions des équipes, je donne mes disponibilités pour tel ou tel évènement, puis je reçois un ordre de mission pour y participer. 

Et depuis le début de la crise du Covid-19 ? 

Depuis le début de la crise, je participe à cinq types de missions : des gardes pour le SAMU, des maraudes sociales, des actions de portage de courses et de médicaments aux seniors isolés, des permanences au centre de réception des appels du SAMU et des missions administratives.

Nos activités ont connu une forte croissance, nous avons plus que doublé le nombre d’intervention depuis le début de la crise Covid-19 : le nombre de victimes à prendre en charge pour le SAMU est important, les SDF sont encore plus précarisés et il est nécessaire de garder un lien et de leur distribuer des repas chaque jour, de soutenir les personnes âgées. La gestion de toutes ces missions implique aussi une charge administrative et logistique supplémentaire.

En quoi consiste une garde pour le SAMU ? 

C’est un équipage (3 bénévoles depuis pour limiter les risques Covid-19, 5 bénévoles en temps normal) qui part en intervention dans un Véhicule de Premiers Secours à la Personne. Nous travaillons avec le SAMU75, basé à l’Hôpital Necker et le SAMU92, basé à l’Hôpital de Garches.

Ces missions se déroulent entre 17h et 2-4h du matin, nous sommes déclenchés par radio pour aller prendre en charge des personnes ayant appelé le 15 (numéro du SAMU) et présentant des détresses liées au Covid-19, mais aussi accidents domestiques, hémorragies, malaises cardiaques, détresses psychologiques…

Vous êtes donc appelés pour des victimes du Covid-19. Comment se déroulent ces interventions ? 

Quand nous sommes appelés, on reçoit une adresse ainsi que la détresse dont souffre la victime, avec la précision qu’il s’agit d’une « suspicion covid » afin de nous permettre de nous protéger en conséquence.

Lors de la prise en charge de la victime, je m’occupe de réaliser les premiers gestes de secours, de prendre les constantes de la victime et d’assurer sa surveillance. Puis, une fois la victime déposée à l’hôpital, on assure la désinfection de tout le matériel avec lequel on a été en contact avant de quitter nos protections. Les consignes d’hygiène sont très strictes, pour assurer notre sécurité et celle des victimes que nous transportons. 

Avez-vous les équipements nécessaires ?

Oui, avant chaque intervention on prend le temps de revêtir des Équipements de Protection Individuels fourni par le SAMU pour ne pas être exposés à une transmission du Covid-19 : surblouses, masques, lunettes, charlottes, gants… Pour ce qui est du matériel et des Véhicules de Premiers Secours, ce sont ceux de notre antenne que nous utilisons déjà en temps normal. 

Y-a-t-il des choses qui vous ont marqué lors de ces interventions ? 

Ce qui me marque le plus c’est la solidarité.

Celle de la population, lorsque l’on arrive sur le lieu des interventions, les riverains nous applaudissent depuis leur fenêtre. Ces marques de gratitude me font à chaque fois chaud au cœur. 

Mais aussi celle qui existe entre nous, qui est exacerbée aujourd’hui, nous prenons parfois en charge des personnes atteintes de forme grave de Covid-19, dont la vie est en danger. Il faut gérer des urgences absolues, ou de très grosses détresses, voire des décès : la cohésion des équipes est nécessaire. Alors, après chaque intervention, nous prenons le temps avec l’équipage de faire un débriefing, d’échanger sur des choses qui auraient pu nous choquer, des questions sur les pathologies de la victime, les conduites à tenir… Nous sommes là pour la population, mais également les uns pour les autres dans des moments qui ne sont pas toujours simples à gérer.

Quels sont les cas qui vous ont le plus touchés ?

Il y a deux cas qui me reviennent particulièrement en mémoire :

L’une de mes premières interventions Covid-19. Nous avons été appelés pour une personne âgée qui présentait des problèmes respiratoires depuis plusieurs jours déjà. Nous avons eu du mal à trouver le logement de la personne en difficulté, ce n’est pas toujours évident de se repérer dans les barres d’immeubles, ce sont des voisins qui nous ont guidés. En arrivant auprès de la victime, nous avons trouvé l’homme âgé, surpris de nous voir, ce n’était pas lui qui nous avait appelé mais ses voisins qui s’inquiétaient pour lui. C’était un homme isolé, avec visiblement peu de ressources.

Lors de la prise en charge de la victime, nous avons très vite reconnu les signes d’une forte détresse respiratoire, symptomatiques d’une suspicion de Covid-19. Il fallait agir rapidement car l’état de la victime peut vite évoluer. En accord avec le SAMU, nous avons évacuer la victime vers un hôpital. Ce monsieur n’avait pas l’intention d’appeler les secours, il pensait que ça allait. Mais heureusement ses voisins se sont inquiétés et nous ont permis d’intervenir et de l’évacuer vers l’hôpital. Pendant l’évacuation, tous les voisins rencontrés avaient un mot d’encouragement pour lui et un mot de remerciement pour nous.

La deuxième intervention qui me vient en tête, c’était sur une personne âgée dans un EHPAD. Cette personne faisait une forte crise d’hypoglycémie. 

Une équipe médicalisée du SMUR avait été appelé aussi mais nous sommes arrivés les premiers. Nous nous sommes retrouvés face à une femme qui ne répondait à aucun stimuli et avait une respiration très bruyante. On a commencé à poser nos appareils et on s’est aperçu qu’elle arrivait encore à contracter ses mains, comme pour nous montrer qu’elle voulait résister. Nous sommes secouristes et non médecins, nous ne sommes donc pas habilités à donner des médicaments. Heureusement, l’équipe médicalisée est arrivée très vite et nous avons pu les assister sur la suite de la prise en charge de la victime. Après avoir posé une perfusion, la victime est très rapidement revenue à elle. Elle a commencé à bouger puis à parler. Elle était perdue, elle ne savait pas ce qui s’était passé ni pourquoi nous étions là mais elle était maintenant consciente. Nous avons été chargés de son évacuation. Durant cette phase, nous surveillons la victime bien sûr, mais surtout nous la rassurons : ce n’est pas évident d’être transporté vers l’hôpital sans se souvenir de ce qui nous est arrivé. 

Ce que je retiens surtout de mes différentes interventions, ce sont les sourires et les remerciements des personnes qu’on prend en charge et de leur entourage. C’est notre récompense.

Vous souhaitez en savoir plus sur les missions de la Protection Civile ? Vous voulez devenir bénévole ? www.protectioncivile.org

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Photos copyright : Emilie Boutan

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